Vous les avez certainement croisées en jardinerie. Les plantes dépolluantes promettent de purifier l’air de nos intérieurs. Sansevieria, pothos, spathiphyllum… Ces végétaux seraient capables d’absorber formaldéhyde, benzène et autres composés organiques volatils (COV) qui polluent nos maisons. Mais cette promesse tient-elle vraiment la route ?
L’argument marketing est séduisant. Pourtant, la réalité scientifique est bien plus nuancée. Entre l’étude pionnière de la NASA et les avis récents des autorités sanitaires, découvrons ce que les plantes d’intérieur peuvent vraiment faire pour la qualité de notre air ambiant. Sont-elles de véritables purificatrices ou simplement un joli coup de pub ?
🔎 Résumé rapide
- Oui, certaines plantes absorbent des COV en laboratoire (étude NASA 1989).
- Non, leur efficacité en conditions réelles reste très faible.
- Il faudrait des dizaines voire des centaines de plantes pour un effet comparable à une simple aération.
- L’aération quotidienne reste la méthode la plus efficace pour améliorer la qualité de l’air intérieur.
- Les véritables bénéfices des plantes sont surtout psychologiques, esthétiques et liés à l’humidité ambiante.
📑 Sommaire
L’origine du mythe : l’étude NASA qui a tout changé

Les travaux pionniers de la NASA en 1989
Tout commence en 1989. La NASA publie une étude révolutionnaire : « Interior Landscape Plants for Indoor Air Pollution Abatement ». L’agence spatiale américaine cherchait alors des solutions pour purifier l’air des stations spatiales. Ses chercheurs ont testé diverses plantes d’intérieur. Résultat ? Certaines espèces absorbaient effectivement des polluants atmosphériques.
Cette découverte fait rapidement le tour du monde. Les médias s’emballent. Les jardineries aussi. L’étude devient la référence absolue pour vanter les mérites des plantes purificatrices. Chlorophytum, palmier Areca, ficus elastica… Tous deviennent subitement des alliés santé incontournables.
Les conditions de laboratoire : un cadre très éloigné de nos intérieurs
Mais voilà le problème. Les conditions expérimentales de la NASA n’ont rien à voir avec nos salons. Les plantes étaient placées dans des chambres hermétiques de quelques mètres cubes seulement. L’air y était saturé en polluants. Aucun renouvellement d’air. Aucune circulation. Des conditions extrêmes, idéales pour observer l’absorption des COV.
Dans nos maisons, c’est différent. L’air circule constamment. Les volumes sont bien plus importants. Les sources de pollution se renouvellent continuellement. Meubles, produits ménagers, peintures… Tout libère des substances nocives en permanence. Une plante isolée dans un coin du salon ne peut tout simplement pas rivaliser.
Les polluants ciblés : formaldéhyde, benzène et trichloréthylène
L’étude NASA s’est concentrée sur trois polluants majeurs :
- Le formaldéhyde : présent dans les colles, vernis, panneaux de bois aggloméré
- Le benzène : émis par les plastiques, détergents et fumée de cigarette
- Le trichloréthylène : utilisé dans les solvants et produits de nettoyage
Sous conditions de laboratoire, certaines plantes réduisaient ces polluants de 10 à 70%. Impressionnant, n’est-ce pas ? Mais transposez ces résultats chez vous… Et l’efficacité s’effondre.
Comment fonctionnent réellement les plantes purificatrices ?

Le processus de photosynthèse et évapotranspiration
Revenons aux bases. La photosynthèse, vous connaissez ? Ce mécanisme permet aux plantes d’absorber le CO2 et de libérer de l’oxygène. Rien de nouveau. Mais il y a aussi l’évapotranspiration. Ce phénomène moins connu joue un rôle clé dans l’humidification de l’air ambiant.
En transpirant, les plantes d’intérieur augmentent le taux d’humidité. Cela améliore notre confort respiratoire. Particulièrement en hiver, quand le chauffage assèche l’atmosphère. Un bienfait réel, mesurable, et souvent sous-estimé.
L’absorption des COV par les feuilles et les racines
Les feuilles peuvent capter certains polluants par leurs stomates. Ces minuscules orifices servent normalement aux échanges gazeux. Mais ils peuvent aussi piéger des molécules de formaldéhyde ou de benzène. Le problème ? La quantité absorbée reste dérisoire à l’échelle d’une pièce.
Les racines, elles, participent également au processus. Elles collaborent avec les micro-organismes du substrat. Ensemble, ils dégradent certaines substances toxiques. C’est d’ailleurs l’une des découvertes majeures de recherches plus récentes : ce n’est pas seulement la plante qui agit, mais tout son écosystème.
Le rôle méconnu du substrat et des micro-organismes
Le terreau n’est pas qu’un simple support. Il héberge des bactéries et champignons capables de métaboliser les polluants. Ces micro-organismes transforment les COV en composés moins nocifs. Le programme Phyt’Air, mené en France, l’a démontré : le substrat joue un rôle au moins aussi important que les feuilles elles-mêmes.
Cela ouvre une piste intéressante : celle des « murs végétaux actifs ». Ces systèmes combinent plantes, substrat et circulation d’air forcée. Leur efficacité serait nettement supérieure. Mais on s’éloigne alors de la simple plante en pot sur le rebord de fenêtre…
Le verdict scientifique : que dit la science aujourd’hui sur les plantes dépolluantes ?
L’avis de l’ANSES : des preuves insuffisantes
En France, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) a étudié la question. Son verdict est sans appel : « Le niveau de preuves disponibles est trop faible ». L’agence n’a même pas retenu les plantes dépolluantes dans le champ de son expertise sur la qualité de l’air intérieur.
Pourquoi ? Parce que les études en conditions réelles sont rarissimes. Et quand elles existent, leurs conclusions sont décevantes. Les scientifiques sont unanimes : quelques plantes en pot ne peuvent rivaliser avec une bonne aération quotidienne.
Quantités nécessaires : combien de plantes dépolluantes pour un effet mesurable ?
Vous voulez vraiment dépolluer votre salon avec des plantes ? Selon certains calculs, il vous faudrait… entre 10 et 1 000 plantes par mètre carré ! Oui, vous avez bien lu. Une forêt tropicale dans votre appartement. Peu pratique, convenez-en.
Une étude publiée dans le Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology conclut qu’il faudrait au minimum 93 plantes dans un espace de 100 m² pour obtenir un effet comparable à l’aération naturelle. Autant transformer votre maison en jardin botanique.
| Surface de la pièce | Nombre de plantes nécessaires | Équivalent en aération |
|---|---|---|
| 10 m² | 9 à 10 plantes | Ouvrir 5 minutes |
| 20 m² | 18 à 20 plantes | Ouvrir 10 minutes |
| 50 m² | 46 à 50 plantes | Ouvrir 15 minutes |
| 100 m² | 93 à 100 plantes | Ouvrir 20 minutes |
Comparaison avec l’aération : la ventilation reste inégalable
Ouvrez vos fenêtres 10 minutes par jour. Voilà le conseil le plus efficace pour améliorer votre qualité de l’air intérieur. Aucune plante ne peut rivaliser avec ce geste simple et gratuit. L’aération renouvelle instantanément l’air vicié. Elle évacue l’humidité, les odeurs et la plupart des polluants.
Les experts en santé environnementale sont formels : la ventilation quotidienne reste la mesure numéro un. Pas besoin d’équipement sophistiqué. Juste du bon sens et une fenêtre.
Les plantes d’intérieur les plus efficaces selon les études

Top 5 des plantes purificatrices absorbant le formaldéhyde
Même si leur efficacité est limitée en conditions réelles, certaines espèces se distinguent en laboratoire. Voici les championnes de l’absorption du formaldéhyde :
- Le palmier Areca (Chrysalidocarpus lutescens) : numéro un selon la NASA, il absorbe aussi le xylène et le toluène
- Le spathiphyllum (fleur de lune) : élégant et efficace, il filtre également l’ammoniac
- La fougère de Boston (Nephrolepis exaltata) : excellente pour l’humidification en bonus
- Le ficus elastica (caoutchouc) : robuste et facile à entretenir
- Le dracaena (dragonnier) : toutes les variétés montrent de bons résultats
Meilleures espèces contre le benzène et le toluène
Pour ces polluants issus des plastiques et solvants, d’autres plantes se démarquent :
- Le lierre commun (Hedera helix) : particulièrement performant contre le benzène
- La sansevieria (langue de belle-mère) : ultra-résistante, elle libère de l’oxygène la nuit
- Le chlorophytum (plante araignée) : absorbe aussi le monoxyde de carbone
- Le pothos (lierre du diable) : increvable et polyvalent
Attention toutefois :
certaines de ces plantes sont toxiques pour les animaux domestiques. Renseignez-vous avant d’adopter si vous avez des chats ou chiens curieux !
Plantes dépolluantes faciles d’entretien pour débutants
Vous n’avez pas la main verte ? Pas de panique. Certaines espèces pardonnent tous les oublis :
- La sansevieria : arrosage toutes les 2-3 semaines, supporte l’ombre
- Le pothos : tolère les variations de lumière et d’eau
- Le chlorophytum : quasi indestructible, idéal pour débuter
- L’aloe vera : demande peu d’eau, bonus : gel apaisant pour la peau
Au-delà de la dépollution : les vrais bienfaits des plantes d’intérieur

Amélioration de l’humidité ambiante
Voici un bénéfice réel et mesurable : l’augmentation de l’humidité de l’air. Par évapotranspiration, les plantes libèrent de la vapeur d’eau. Cela compense la sécheresse provoquée par le chauffage central. Votre peau, vos voies respiratoires et même vos meubles en bois vous remercieront.
Une étude norvégienne a montré que la présence de plantes dans les bureaux réduisait la fatigue, la toux sèche et les irritations cutanées de 23 à 37%. Pas mal pour de simples végétaux !
Bienfaits psychologiques et réduction du stress
C’est peut-être là que réside le vrai pouvoir des plantes. Leur simple présence nous fait du bien. De nombreuses études l’attestent : les plantes d’intérieur réduisent le stress, améliorent l’humeur et augmentent la productivité. C’est ce qu’on appelle la « biophilie », notre connexion innée avec la nature.
Au Japon, le « shinrin-yoku » (bain de forêt) est reconnu comme thérapie officielle. Même à petite échelle, un coin de verdure chez soi procure des effets apaisants. On respire mieux, mentalement parlant. Et ça, aucune étude ne peut le contester.
Effet décoratif et connexion avec la nature
Soyons honnêtes : les plantes, c’est beau. Elles apportent vie, couleur et texture à nos intérieurs souvent trop uniformes. Elles créent une atmosphère chaleureuse et nous rappellent que nous faisons partie d’un écosystème plus vaste.
Dans nos vies urbaines déconnectées, ce lien avec le vivant devient précieux. Arroser, tailler, observer une nouvelle feuille qui pousse… Ces petits rituels nous ancrent dans le présent. Ça vaut tous les purificateurs d’air du monde, non ?
Si cette connexion avec le végétal vous passionne et que vous souhaitez étendre votre oasis vers l’extérieur, découvrez notre article sur l’Oranger du Mexique.
Alternatives aux plantes dépolluantes et bonnes pratiques pour un air intérieur sain

L’aération quotidienne : le geste essentiel
Répétons-le : aérer est le geste numéro un pour un air sain. 10 à 15 minutes par jour suffisent. Même en hiver. Même si vous chauffez. Ouvrez en grand, créez des courants d’air. Vous évacuerez ainsi la quasi-totalité des polluants intérieurs.
L’idéal ? Aérer tôt le matin ou tard le soir, quand la pollution extérieure est la plus faible. Et toujours après avoir cuisiné, pris une douche ou utilisé des produits ménagers. C’est simple, c’est gratuit, c’est efficace.
Choisir des matériaux et produits à faible émission de COV
La meilleure façon de lutter contre la pollution intérieure ? Éviter d’introduire les polluants. Privilégiez les meubles en bois massif plutôt qu’en aggloméré. Optez pour des peintures et vernis labellisés A+ (faible émission de COV).
Pour le ménage, délaissez les produits conventionnels bourrés de parfums synthétiques. Vinaigre blanc, bicarbonate de soude, savon noir… Ces alternatives écologiques nettoient tout aussi bien. Et sans polluer votre air ambiant.
Purificateurs d’air : complémentarité avec les plantes dépolluantes
Si vous habitez en zone urbaine dense ou souffrez d’allergies, un purificateur d’air peut s’avérer utile. Choisissez un modèle avec filtre HEPA, capable de capturer les particules fines. Certains intègrent aussi un filtre à charbon actif pour les COV.
Mais attention : un purificateur ne remplace ni l’aération ni les bonnes pratiques. Considérez-le comme un complément, pas une solution miracle. Et vos plantes ? Elles apporteront la touche esthétique et le bien-être psychologique que la machine ne peut offrir.
Ce que disent les experts en qualité de l’air intérieur
OMS (Organisation mondiale de la Santé)
L’OMS rappelle que la qualité de l’air intérieur dépend principalement du renouvellement d’air et de la réduction des sources de pollution.
Ses recommandations officielles sont disponibles ici :
OMS – Air Pollution.
EPA (Environmental Protection Agency – États-Unis)
L’EPA indique que la meilleure stratégie consiste à contrôler les sources de pollution et à augmenter la ventilation. L’agence précise que les plantes ne remplacent pas les systèmes de renouvellement d’air :
EPA – Indoor Air Quality (IAQ)
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Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur (OQAI – France)
Les études de l’OQAI montrent que la pollution intérieure provient majoritairement des matériaux et des activités domestiques. Les rapports sont consultables ici :
Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur (OQAI).
FAQ : Vos questions sur les plantes dépolluantes
Les plantes dépolluantes fonctionnent-elles vraiment ?
Oui, mais uniquement en laboratoire sous conditions très contrôlées. Dans nos intérieurs, leur effet est négligeable. L’aération quotidienne reste infiniment plus efficace pour purifier l’air de votre maison.
Combien de plantes faut-il pour purifier une pièce ?
Entre 10 et 100 plantes selon la surface pour obtenir un effet mesurable. Autrement dit, bien trop pour être pratique. Une à trois plantes apporteront surtout des bienfaits esthétiques et psychologiques.
Quelles sont les plantes les plus efficaces contre la pollution intérieure ?
Selon l’étude NASA, le palmier Areca, le spathiphyllum, la fougère de Boston et le chlorophytum montrent les meilleurs résultats en laboratoire. Mais rappelons que leur efficacité reste limitée chez vous.
Les plantes peuvent-elles remplacer un purificateur d’air ?
Non, absolument pas. Un purificateur d’air avec filtre HEPA sera toujours plus efficace qu’une plante pour filtrer particules fines et polluants. Les deux sont complémentaires mais ne se remplacent pas.
Y a-t-il des risques à avoir trop de plantes chez soi ?
Les principaux risques concernent l’humidité excessive qui peut favoriser moisissures, et la toxicité de certaines espèces pour animaux. Assurez-vous de bien ventiler et renseignez-vous avant l’achat si vous avez des animaux.
Où placer ses plantes pour maximiser leur effet ?
Placez-les près de sources de lumière naturelle, mais sans soleil direct. Pour maximiser leur effet psychologique, dispersez-les dans les pièces de vie. L’important est qu’elles soient visibles et agréables à regarder quotidiennement.
Conclusion
Alors, verdict ? Les plantes dépolluantes sont-elles de vrais purificateurs d’air ou un simple argument marketing ? La réponse se situe entre les deux. Oui, elles absorbent certains polluants, mais dans des proportions insignifiantes pour nos intérieurs. Non, elles ne remplaceront jamais une bonne aération quotidienne.
Faut-il pour autant les délaisser ? Certainement pas. Les plantes d’intérieur apportent humidité, beauté et sérénité. Elles améliorent notre bien-être psychologique de manière prouvée. Elles nous reconnectent à la nature. Ces bénéfices-là sont bien réels.
Adoptez des plantes, oui. Mais pour les bonnes raisons : parce qu’elles vous font du bien au moral, parce qu’elles embellissent votre espace, parce qu’elles vous apaisent. Pas parce qu’on vous a promis un air pur comme en montagne. Pour ça, ouvrez vos fenêtres. C’est toujours la meilleure solution.



