En bref : les chirurgiens-dentistes liquident leur retraite à 65,8 ans en moyenne pour une pension de 36 101 € bruts par an. Avec un tel écart entre revenu d’activité et pension, la vente du cabinet devient une pièce du budget de retraite. Elle se prépare à partir de 55 ans, pas à 63.
En 2025, la CARCDSF a liquidé 1 448 retraites de chirurgiens-dentistes, à un âge moyen de 65,8 ans, pour un montant moyen de 36 101 € bruts annuels. Rapprochez ce chiffre de l’assiette moyenne déclarée par les cotisants la même année, 106 635 €. La chute dépasse les deux tiers. Beaucoup de praticiens la découvrent tardivement, au moment où leur expert-comptable sort la simulation, et cherchent alors à combler l’écart avec le prix de leur cabinet. Sauf qu’un fonds libéral ne se valorise pas en six mois.
L’écart entre l’âge légal et l’âge réel de départ
L’âge légal se situe entre 62 et 64 ans selon la génération depuis la réforme de 2023, avec 172 trimestres pour le taux plein. Les chiffres de la CARCDSF montrent que la profession part bien après : près de deux années de décalage entre le droit ouvert et la décision effective. Cet écart n’a rien d’un hasard. Il traduit trois réalités qui se cumulent : une carrière commencée tard, des trimestres manquants pour les praticiens installés après 27 ans, et un niveau de pension qui pousse à prolonger.
Ce délai de deux ans, les praticiens le vivent comme une marge de manœuvre. Il fonctionne plutôt comme un piège de calendrier, parce qu’il repousse la réflexion patrimoniale au moment où presque plus rien n’est modifiable.
Préparer sa retraite de chirurgien-dentiste dès 55 ans : ce que ça change concrètement
Mon conseil tient en une date : ouvrez le dossier à 55 ans. Pas pour vendre, pour savoir. À cet âge, vous disposez encore de huit à dix exercices comptables pour agir sur les deux variables qui comptent, la rentabilité du cabinet et votre épargne personnelle.
La première étape ne coûte rien : demander son relevé de carrière et une estimation indicative globale auprès de la CARCDSF. La seconde consiste à faire évaluer le cabinet, même sans intention de vendre. L’étude Interfimo portant sur 350 transactions de cabinets dentaires situe le prix de cession moyen à 47 % du chiffre d’affaires, contre 43 % en 2018 et 35 % en 2015, avec 60 % des opérations comprises entre 27 % et 65 % du CA (chiffres relayés par L’Information Dentaire). Cette fourchette de 27 à 65 raconte l’histoire : deux cabinets au même chiffre d’affaires peuvent se vendre du simple au double.
Regarder ce qui se négocie autour de chez soi coûte peu. Les plateformes professionnelles comme Dentilink hébergent des annonces de cession patientèle cabinet dentaire qui donnent une idée assez juste des prix pratiqués dans votre département et du temps que met une annonce à trouver preneur. Un cabinet rural se vend en moyenne 50 % du CA contre 46 % en ville selon la même étude, ce qui contredit une idée reçue tenace.
Les trois années qui déterminent le prix de vente
La valorisation repose sur la moyenne des derniers exercices, et sur l’excédent brut d’exploitation retraité, autour de 1,1 fois l’EBE d’après Interfimo. Autrement dit, ce que vous produisez entre 60 et 63 ans fixe le prix que vous encaisserez à 65. Le praticien qui lève le pied trois ans avant la vente, réduit ses vacations et cesse d’investir dans son plateau technique se vend lui-même une décote de 10 à 15 points de chiffre d’affaires. C’est le calcul le plus mal fait de la profession.
La réforme du cumul emploi-retraite avance l’échéance de 2027
Ce point mérite une attention immédiate, parce qu’il modifie une stratégie que beaucoup considéraient comme acquise. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 refond le dispositif. Pour une pension liquidée avant le 1er janvier 2027, avec des démarches engagées avant le 1er octobre 2026, les règles actuelles s’appliquent : cumul intégral sous condition de taux plein, ou cumul partiel dès l’âge légal avec un seuil de revenus fixé à 48 060 € en 2026.
Pour une pension liquidée après cette date, le régime durcit nettement. Le cumul emploi-retraite intégral devient accessible uniquement à partir de 67 ans. Entre l’âge légal et 67 ans, un plafond de revenus de 7 000 € s’applique, et la pension diminue de 50 % du dépassement. La CARCDSF donne l’exemple d’une pension de 20 000 € avec 40 000 € de revenus d’activité : la pension versée tombe à 3 500 €. Les praticiens qui comptaient exercer à mi-temps trois ans après leur départ en tirant deux revenus doivent refaire leurs calculs, et ceux qui le peuvent ont intérêt à examiner sérieusement une liquidation avant octobre 2026. Les conditions détaillées figurent sur le site de la CARCDSF.
Quatre manières de sortir du libéral, et pour quel profil
| Modalité | Âge d’entrée | Condition principale | Profil concerné |
|---|---|---|---|
| Cession sèche et arrêt total | 62 à 65 ans | Trouver un repreneur, délai de 6 à 18 mois | Praticien avec patrimoine constitué hors cabinet |
| Retraite progressive | Dès 60 ans | 150 trimestres validés, activité libérale réduite | Praticien qui veut lever le pied sans rompre |
| Vente à soi-même (passage BNC vers SEL) | 50 à 60 ans | Montage juridique et financement bancaire | Cabinet rentable, horizon de sortie encore lointain |
| Cession progressive à un collaborateur | 55 à 62 ans | Contrat organisant le rachat par étapes | Praticien disposant d’un collaborateur fidélisé |
La quatrième ligne progresse vite. Interfimo relève que les départs progressifs représentent 10 % des cédants contre 4 % en 2018. Cette formule me paraît la plus solide quand elle est possible, parce qu’elle règle en même temps la question du prix et celle de la transmission de la patientèle, qui reste le point faible de toute cession dentaire. Un patient suit un praticien qu’il a déjà croisé dans le couloir, beaucoup moins un nom sur une plaque.
Les deux articles du CGI qui décident du montant net encaissé
Vendre 400 000 € et en garder 400 000 € ou 320 000 € dépend d’un calendrier fiscal que personne n’improvise. Deux dispositifs coexistent.
- L’article 151 septies A du CGI exonère la plus-value professionnelle en cas de départ à la retraite, à condition d’avoir exercé au moins 5 ans, de cesser toute fonction dans l’entreprise cédée et de faire liquider sa pension dans un délai de 24 mois précédant ou suivant la cession.
- L’article 238 quindecies exonère totalement la plus-value quand la valeur des éléments cédés reste inférieure à 500 000 €, avec une exonération dégressive entre 500 000 € et 1 000 000 €.
La fenêtre de 24 mois est la contrainte la plus souvent négligée. Elle impose de synchroniser deux calendriers qui ne dépendent pas des mêmes interlocuteurs : celui de l’acquéreur, tributaire de son accord bancaire, et celui de la caisse. Un compromis signé en janvier qui traîne jusqu’en novembre suffit à faire sortir l’opération du délai. Les conditions précises figurent sur impots.gouv.fr. Rien de ce qui précède ne remplace l’avis de votre expert-comptable, la fiscalité de la transmission dépendant de la structure d’exercice.
Ce qui fait décoter un cabinet dans les cinq dernières années
Les acquéreurs ont 39 ans en moyenne, 60 % ont moins de 40 ans et 38 % sont des femmes. Cette génération achète des comptes lisibles, des équipes en place et un logiciel de gestion à jour. Elle se détourne de trois configurations : un bail commercial dont l’échéance approche sans certitude de renouvellement, des locaux non accessibles aux personnes à mobilité réduite, et une équipe réduite au seul praticien.
Le départ d’une assistante dentaire formée depuis quinze ans, six mois avant la vente, coûte plus cher qu’un fauteuil neuf. Le repreneur devra recruter dans un marché tendu, et il le déduira du prix. Anticiper les fins de carrière de son personnel fait partie du dossier de cession, au même titre que les bilans.
Reste la clause de non-réinstallation. Le contrat type diffusé par les conseils de l’Ordre en prévoit une, limitée dans le temps et dans l’espace, sous peine de nullité. Négociez-la en fonction de vos projets réels : un praticien qui compte exercer quelques vacations en centre de santé après sa cession a intérêt à le dire avant la signature, pas après.
Questions fréquentes sur la retraite du chirurgien-dentiste libéral
À quel âge un chirurgien-dentiste peut-il partir à la retraite ?
Entre 62 et 64 ans selon la génération, avec 172 trimestres pour le taux plein. La profession part en réalité à 65,8 ans en moyenne d’après les statistiques 2025 de la CARCDSF. Le taux plein automatique intervient à 67 ans.
Combien de temps faut-il pour vendre un cabinet dentaire ?
Comptez 6 à 18 mois entre la mise en vente et la signature, financement bancaire de l’acquéreur inclus. Une cession à un collaborateur déjà présent raccourcit ce délai, parce que la valorisation et la transmission de patientèle sont déjà réglées.
Peut-on continuer à exercer après avoir liquidé sa retraite ?
Oui, mais les règles changent. Pour une pension liquidée après le 1er janvier 2027, le cumul emploi-retraite intégral n’est accessible qu’à partir de 67 ans. Avant cet âge, un plafond de 7 000 € de revenus s’applique.
Faut-il investir dans son plateau technique juste avant de vendre ?
Pas dans les douze derniers mois : l’amortissement ne sera pas absorbé. En revanche, un équipement récent de trois à cinq ans soutient le prix, Interfimo citant la qualité du plateau technique parmi les facteurs de hausse.
Le PER est-il utile pour un dentiste proche de la retraite ?
Il reste efficace tant que le taux marginal d’imposition est élevé, la déduction produisant son effet à l’entrée. Passé 60 ans, l’horizon de placement devient court et le gain fiscal se réduit. Un avis personnalisé s’impose.

Un dernier repère de calendrier, valable pour ceux qui liront cet article en 2026 : les démarches de retraite engagées avant le 1er octobre 2026 relèvent encore de l’ancien régime de cumul emploi-retraite. Pour un praticien de 63 ou 64 ans qui envisageait de prolonger à temps partiel, la différence se chiffre en dizaines de milliers d’euros. Ce calcul-là mérite un rendez-vous avec votre conseiller CARCDSF avant l’été.



